Si vous tuez l’Arctique, l’Arctique vous tuera

Lecture 3 min. C’est un fait acquis, les glaces de l’Arctique fondent de plus en plus et de plus en plus vite. Or en s’évaporant elles libèrent carbone, méthane et autres joyeusetés…

Pour comprendre l’animation ci-dessus (vous aurez reconnu l’océan Arctique) :

  • au Nord de l’Alaska la spirale de Beaufort considérée comme la Nurserie de l’Arctique : l’endroit où nait et grandit la glace marine,
  • à l’Est du Groenland, le Détroit de Fram, le chemin par lequel cette glace marine s’échappe et rejoint l’océan Atlantique (pour s’intégrer au Gulf Stream et réguler sa température et sa puissance),
  • Plus la couche de glace maritime est âgée plus elle permet à la Nurserie d’être active. Or comme le montre cette vidéo, la glace de l’Arctique est de plus en plus jeune et la surface de la Nurserie diminue de plus en plus vite.

Quand la glace fond, elle libère son contenu

Prenez vote verre d’eau, mettez dedans un glaçon composé de menthe congelée, vous obtiendrez une menthe à l’eau.

Prenez un iceberg renfermant du Méthane, faites le fondre – non pas à petit feu mais par exemple en ayant un comportement non-écologique (durable pour parler politiquement correct) – vous obtiendrez la libération d’un gaz à effet de serre dans une atmosphère qui déjà en est saturée.

La disparition programmée et accélérée de l’Arctique (soyons réaliste c’est pratiquement un fait acquis) a pour effet collatéral une disparition progressive (et s’accélérant) du permafrost. Permafrost ? Mais si souvenez vous vos cours de géographie sur la Russie (ou l’URSS selon votre âge) :

Le permafrost (ou pergélisol) est un terme géologique qui désigne un sol dont la température se maintient en dessous de 0°C pendant plus de deux ans consécutifs. Il représente 20% de la surface terrestre de la planète.

Fonte du permafrost et réchauffement climatique : un cercle vicieux

Particulièrement présent en Alaska et en Sibérie, le permafrost est victime du réchauffement climatique. Les températures moyennes en Sibérie auraient augmenté de 2 à 3 degrés ces trente dernières années, provoquant son dégel partiel. Des chercheurs russes et américains ont ainsi mis en évidence que sur une zone plus étendue que la France et l’Allemagne réunies, le permafrost est en train de fondre pour la première fois depuis la fin du dernier âge glaciaire, il y a 11 000 ans. La fonte du permafrost crée de graves problèmes pour les populations locales : affaissement de terrains, déformation des routes, rupture des oléoducs… Outre ces conséquences matérielles, les scientifiques s’inquiètent des effets climatiques du dégel du permafrost. En effet, cette couche gelée depuis des milliers d’années contient d’énormes quantités de matière organique essentiellement composée de carbone et de méthane. Le processus de dégel pourrait contribuer à libérer des milliards de tonnes de méthane dans l’atmosphère. Or le méthane est un gaz à effet de serre très actif, en partie responsable du réchauffement climatique.

Le permafrost contiendrait 15 milliards de tonnes de carbone en son sein. C’est deux fois le total du carbone contenu dans l’atmosphère et trois fois celui stocké dans l’ensemble des forêts de la planète.

Hélas de nouvelles simulations du Centre National pour la Recherche Atmosphérique (NCAR) estiment que plus de 50% des territoires recouverts par cette couche supérieure de permafrost pourraient fondre d’ici 2050. Ce pourcentage risque d’atteindre 90% d’ici 2100.

Mais il y a beaucoup plus inquiétant que le Méthane et le Carbone

Le biologiste Jean-Michel Claverie de l’Université d’Aix-Marseille l’a récemment expliqué à la BBC : Des virus pathogènes pouvant infecter humains et animaux (ou êtres vivants si vous êtes anti-spécistes) sont probablement stockés dans les couches anciennes du permafrost, incluant certains virus ayant entrainé des épidémies globales.’

Ainsi en 2016, 90 sibériens auraient été infectés par un virus de l’Anthrax ‘stocké’ dans le cadavre d’un daim emprisonné dans une couche du permafrost au début du 20ème siècle.

Selon le biologiste aixois des virus tels que celui de la grippe espagnole (entre 25 et 50 millions de mort à la fin de la 1ère guerre mondiale), celui de la variole ou encore celui de la peste pourraient eux-aussi être efficacement conservés dans le permafrost. Des tests ont permis de réchauffer un virus congelé depuis 30.000 et de le rendre efficient.

Cette chronique étant pessimiste – désolé – il faut compléter le sombre tableau de la disparition programmée de l’Arctique et du Permafrost par quelques éléments supplémentaires. Donc, devrait ‘ré-apparaitre’ car libéré par le réchauffement du Pôle Nord : le plastique prisonnier des glaces (le bassin arctique est le bassin maritime contenant la plus forte concentration en micro-plastique), les 1 656 000 tonnes de mercure (deux fois plus que le total du mercure contenu dans l’ensemble des sols de la planète).

Plus anecdotique – quoi – le gouvernement suédois s’inquiète car c’est en profitant de l’effet glaçon du permafrost qu’il stocke non seulement ses déchets nucléaires mais aussi ceux de la Finlande et du Canada.

Comme une envie de raconter une histoire drôle pour éviter de déprimer. Mais un tweet du président à la coiffure orange nous dérange tandis que nous lisons un article nous confirmons qu’aucun des états signataires de l’accord de Paris (ou COP 21) n’a, à aujourd’hui, respecté ses engagements en matière de limitation du réchauffement climatique. Notre planète brûle, et elle est unique pour accueillir l’humanité et nos cousins les animaux.

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