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La Famille, l’horreur du fanatisme religieux, l’espace et le temps

Macabre 2022

Réalisé par Dan Slater, ce film canadien a été projeté à la XXIe édition de Macabro, le Festival international du film d’horreur au CDMX.

The Family, lauréat du meilleur long métrage international à Macabro 2022 (Photo : Macabro)The Family, lauréat du meilleur long métrage international à Macabro 2022 (Photo : Macabro)

Dès le début, on voit que quelque chose ne va pas dans une famille de colons qui vit dans une cabane au milieu de la forêt : les enfants sont soumis au travail forcé par leurs parents fanatiques religieux. Le couple adulte les maltraite en raison de l’aliénation et de la peur qui leur ont été imposées sous prétexte de se conformer aux préceptes d’Ethan, une figure décrite dans la Bible adventiste à laquelle ils attribuent la divinité. De même, ils instillent en eux la peur d’Abaddon, chef destructeur de démons ou ange exterminateur, ils ne doivent donc pas franchir certaines limites territoriales dans leur environnement.

De par la texture et l’ambiance du film, il donne la sensation d’être à nouveau devant sorcière (2015), de Robert Eggers. En raison de l’intrigue et du comportement du personnage paternel (super performance de Nigel Bennet), le lien immédiat est avec Claudio Brook dans le château de la pureté (1973), d’Arthur Ripstein. Attribuer ces références cinématographiques est soudain propice à prêter attention à l’histoire que veut raconter Dan Slater, réalisateur et co-scénariste avec Adam Booth.

La prémisse de déranger le spectateur est établie dès le début : Comment échapper à ces ogres cachés dans les corps d’un papa et d’une maman ? Que doit-il se passer pour que cela se produise ? De la même manière, le public est pris au piège grâce au fait que plusieurs questions sans réponse se posent, offrant ainsi à celui qui est assis une opportunité de participer au film à travers des interprétations, des déductions et des doutes.

Comment se fait-il qu’un couple blanc ait un enfant noir ? D’où viennent-ils et pourquoi sont-ils venus dans cette forêt ? Quel est ce genre de fléau qui traverse le ciel et provoque la panique ? Bien que peu à peu certaines questions trouveront une réponse, pas toutes, et pas toutes explicitement, Slater apportera de petits rebondissements à l’histoire pour garder son histoire sur la bonne voie. Il s’appuie sur le suspense et l’horreur psychologique pour atteindre cet objectif. Racontez lentement, c’est-à-dire essayez de longues séquences et peu de coupures. Le travail de mise en scène et d’acteur est essentiel pour obtenir une réaction d’émotions qui vont de l’angoisse d’être là au désir que le père subisse l’indésirable, notamment parce qu’il commet des actes odieux, indicibles.

Entre intérieurs et extérieurs il joue avec la tension. C’est terrifiant d’être dehors entre un travail acharné, la menace de quelque chose de terrible en cas de désobéissance à l’ordre de ne pas aller au-delà de ce qui est permis et un ciel dont on se méfie. Mais c’est plus terrifiant d’être à l’intérieur de la cabine sous la protection de deux autorités qui surveillent et contrôlent jusqu’à la respiration. L’étouffement est le même avec ou sans air. Il semble qu’il n’y ait pas d’échappatoire à cette cabane, à cette forêt.

Lors d’un des rebondissements de Slater avec l’apparition d’un autre personnage clé, l’horreur prend une autre dimension. Non content d’avoir montré un père méprisable à tous égards, il le rend plus dégoûtant et pathétique avec ses actions. La parole orale est un monstre dans l’organisme idéal de son expansion, d’autant plus si elle se niche dans un être pervers qui utilise le fanatisme religieux pour satisfaire son propre mal.

En fait, si vous voulez le voir sous cet angle, la religion chez les mauvaises personnes est une entité terrifiante qui prend vie pour abuser des plus démunis dans le but de satisfaire leurs désirs les plus sombres. Rien de plus proche de la réalité de notre temps avec des croyances différentes.

Le dénouement de La Famille offre au spectateur une autre possibilité d’interprétation. Par exemple, l’idée que l’espace et le temps vécus dans le film sont tout aussi terrifiants que les parents. Cela inclut le ciel si effrayant qu’il sert de personnage de plus pour déterminer s’il y a une évasion ou non, ainsi que pour contextualiser le cauchemar.

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