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Expliqué : Quelle est la controverse derrière le méga-barrage éthiopien sur le Nil ?

L’Éthiopie a lancé en 2011 la construction du GERD sur le Nil Bleu, à environ 30 km de la frontière avec le Soudan.

Expliqué : Quelle est la controverse derrière le méga-barrage éthiopien sur le Nil ?

Les deux principaux affluents – le Nil blanc et le Nil bleu – convergent à Khartoum avant de couler vers le nord à travers l’Égypte et dans la mer Méditerranée. Crédit image : Wikipédia

La construction par l’Éthiopie d’un barrage massif sur un affluent du Nil soulève des tensions régionales notamment avec l’Égypte, qui dépend du Nil pour 97 pour cent de son approvisionnement en eau.

Après que l’Éthiopie a déclaré lundi qu’elle avait atteint son objectif pour la deuxième année de remplissage du méga-barrage, voici quelques éléments de contexte :

Dix pays

Avec ses 6 695 kilomètres (4 160 miles), le Nil est l’un des plus longs fleuves du monde et un fournisseur crucial d’eau et d’hydroélectricité dans une région largement aride.

Le Nil et ses affluents couvrent plus de trois millions de kilomètres carrés (1,16 million de miles carrés) de bassin versant dans 10 pays : Burundi, République démocratique du Congo, Égypte, Éthiopie, Kenya, Rwanda, Soudan du Sud, Soudan, Tanzanie et Ouganda.

Les deux principaux affluents – le Nil blanc et le Nil bleu – convergent à Khartoum avant de couler vers le nord à travers l’Égypte et dans la mer Méditerranée.

On estime qu’environ 84 milliards de mètres cubes d’eau coulent le long du Nil chaque année.

Le plus grand barrage d’Afrique

L’Éthiopie a lancé en 2011 la construction du Grand Ethiopian Renaissance Dam (GERD) sur le Nil Bleu, à environ 30 kilomètres (18 miles) de la frontière avec le Soudan.

Une fois achevé, le barrage de 4,2 milliards de dollars produira plus de 5 000 mégawatts d’électricité, ce qui en fera le plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique et doublera la production d’électricité de l’Éthiopie.

L’Éthiopie a commencé la première phase de remplissage du réservoir du barrage de 475 pieds (145 mètres) de haut à la mi-2020.

L’Éthiopie a confirmé lundi sur Twitter que l’objectif de la deuxième année avait été atteint et que cette étape permettrait au barrage d’exploiter les deux premières de ses 13 turbines.

Soif égyptienne

L’Egypte, une nation aride de près de 100 millions d’habitants, dépend du Nil pour la plupart de ses besoins en eau, y compris pour l’agriculture.

Le Caire revendique un droit historique sur le fleuve datant d’un traité de 1929 entre l’Égypte et le Soudan représenté par la puissance coloniale britannique, qui a donné à l’Égypte un droit de veto sur les projets de construction le long du fleuve.

Un traité de 1959 a augmenté l’allocation de l’Égypte à environ 66 pour cent du débit du fleuve, avec 22 pour cent pour le Soudan.

L’Éthiopie n’était pas partie à ces traités et ne les considère pas comme valides.

En 2010, les pays du bassin du Nil, à l’exception de l’Égypte et du Soudan, ont signé un autre accord, l’Accord-cadre de coopération, qui autorise les projets sur le fleuve sans l’accord du Caire.

Point de rupture

L’Éthiopie, l’une des économies africaines à la croissance la plus rapide ces dernières années, insiste sur le fait que le barrage n’affectera pas l’écoulement de l’eau.

Mais l’Egypte craint que ses approvisionnements ne soient réduits pendant le temps qu’il faut pour remplir le réservoir d’une capacité de 74 milliards de mètres cubes.

L’Egypte considère le barrage comme une menace pour son existence et le Soudan a averti que des millions de vies seraient « en grand danger » si l’Ethiopie remplissait unilatéralement le barrage.

Une décennie de négociations sous les auspices de l’Union africaine (UA) n’a pas abouti à un accord.

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni plus tôt ce mois-ci pour discuter du projet, bien que l’Éthiopie ait par la suite qualifié la session de distraction « inutile » par rapport au processus dirigé par l’UA.

En juillet 2020, l’Éthiopie a annoncé qu’elle avait atteint son premier objectif de remplissage de réservoir de 4,9 milliards de mètres cubes. L’objectif pour la saison des pluies de cette année était d’ajouter 13,5 milliards de mètres cubes.

Tensions du Tigré

Une autre source de tension régionale est le conflit depuis novembre dans la région du nord du Tigré en Éthiopie, qui a fait fuir quelque 60 000 réfugiés vers le Soudan, un pays aux prises avec ses propres difficultés économiques.

Les armées soudanaise et éthiopienne ont récemment remilitarisé la fertile région frontalière de Fashaga où les agriculteurs éthiopiens cultivent depuis longtemps des terres revendiquées par le Soudan.

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