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L’euthanasie fait débat en…Chine

Lecture 3 min. La Chine n’échappe pas au débat sur l’euthanasie. Mais avec ses spécificités : traditions, réseaux sociaux, niveau de développement..

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L’euthanasie est illégale en Chine. Et comme tout ce qui est illégal, il n’est pas possible d’en discuter dans la presse et surtout les médias sociaux.

Pourtant ces dernières semaines l’un des hashtag les plus commentés sur le réseau social Weibo (430 millions d’utilisateurs) est le suivant : “suggérer le développement d’une éducation nationale à la mort”. Ni le mot suicide, ni celui d’euthanasie ne sont utilisés. Contourner la censure est un art (surtout face aux 13.000 censeurs travaillant pour Weibo). Et pourant, ce hashtag a été vu 130 millions de fois. Preuve d’un intérêt manifeste.

Un débat émergent

Le premier cas d’euthanasie illégale (rapporté par les médias rappelons-le contrôlés par l’État) date de 1986. Un médecin a fourni une solution létale à une patiente atteinte d’une maladie chronique incurable et douloureuse. Le médecin répondait à la demande de la fille et du fils de la malade. La justice a considéré qu’il ne s’agissait pas d’un crime et le médecin a été relaxé.

Comme dans tous les pays ne l’ayant pas légalisée, le débat sur l’euthanasie oppose deux points de vue : mettre fin à des souffrances insupportables et incurables et soulager les accompagnants (famille, personnels hospitaliers) et ne pas envoyer, par des jugements de relaxe, un message considérant que l’euthanasie serait socialement et éthiquement acceptable.

L’absence d’une législation spécifique sur ce sujet fait de facto reposer sur les juges la décision sans que celle-ci ne puisse faire jurisprudence.

Le débat a pris une nouvelle ampleur en mars 2017 après la publication par Chiyung Yao – écrivaine respectée en Chine (même si elle est taïwanaise) – d’un post Facebook adressé à ses enfants et dans lequel elle leur explique qu’elle préfère qu’ils fassent de leur mieux pour l’aider à mourir sans souffrance plutôt qu’à chercher tous les moyens la gardant en vie. Même l’organe officiel du Parti Communiste Chinois – le People Daily – a écrit à l’époque ce commentaire sur ce post : “une bonne mort est le plus grand souhait d’une vie et aussi son droit le plus élémentaire”. Une porte ‘officielle’ s’entre-ouvre.

Mais ce débat se complique de la situation particulière de la Chine

Car le débat sur le l’euthanasie ne peut être abordé avec les mêmes arguments selon que l’on vive dans un pays occidental développé ou dans un pays aussi dynamique soit-il mais qui a encore quelques retards à rattraper.

Ainsi si les pays ayant dépénalisé l’euthanasie – Pays-Bas, Belgique, Suisse, Canada – ont la chance d’avoir un système de soins de très bon niveau, il n’en va pas de même en Chine. Les Netizens (les citoyens de l’internet comme ils s’appellent en Chine) l’indiquent dans leurs commentaire sur les réseaux sociaux. Ils craignent qu’une fois l’euthanasie légalisée, de nombreuses personnes n’y recourent faute de moyens financiers leur permettant de bénéficier des médicament nécessaires à leur traitement.

Par ailleurs les soins palliatifs ne sont pas accessibles à tous les citoyens. L’euthanasie pourrait là aussi être une alternative à une fin de vie naturelle et correctement accompagnée par du personnel qualifié.

De plus dans un pays comme la Chine où les enfants ont un devoir filial extrêmement fort pour leurs parents, l’euthanasie n’est pas une solution acceptable. Si la législation doit évoluer, il faudra aussi aux autorités mener une campagne pour que chacun prenne conscience qu’il s’agit d’une décision individuelle qui ne doit subir nulle pression sociale ou liée au respect d’une tradition aussi respectable soit-elle.

Souvent en avance sur sa grande sœur continentale, Taïwan – qui interdit l’euthanasie – a récemment décidé de la mise en place de ce qui s’appelle en France la Directive Anticipée (“je ne veux pas respirer à l’aide d’une machine” par exemple). La Chine s’en inspirera peut être prochainement.

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