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Santa Bárbara, la réinvention de la famille sans conventions

FICM 2022

Il a été créé Sainte Barbara, film d’Anaïs Pareto Onghena, au Festival international du film de Morelia. Nous vous donnons notre avis.

Santa Bárbara, un film d'Anaïs Pareto Onghena (Photo: Santa Úrsula Films)Santa Bárbara, un film d’Anaïs Pareto Onghena (Photo: Santa Úrsula Films)

La musique Bachata joue. L’ambiance est à la liberté, au plaisir de danser. C’est une nuit de plaisir sain et calme pour Bárbara (Anabel Castañón) et Maribel (Ilona Muñoz Rizzo), un couple qui s’aime sur ce ton : libre, heureux, ensemble. Contrairement à d’autres genres musicaux, les paroles de la bachata sont généralement aimantes. Et ce profil établit Anaïs Pareto Onghena sur son protagoniste pour la libérer des préjugés de la vision de son récit. C’est une position forte pour préciser que si le spectateur se complique la vie avec ce qu’il va voir, c’est à cause de sa propre pensée, pas à cause du réalisateur ou des personnages.

Après cette introduction, Pareto Onghena, également scénariste du film, Il nous invite à rencontrer Bárbara sans la ressource de chantage que d’autres films de migration ont utilisée pour raconter des histoires de ce type. Elle décide de le faire avec le naturel que Barbara elle-même exige avec sa situation, c’est-à-dire celle d’une femme latine qui travaille comme domestique en Espagne depuis 12 ans, amoureuse d’une autre femme et chargée d’envoyer de l’argent à sa famille, en particulier ses deux fils.

Bárbara joue au football le week-end, vit avec ses camarades de classe et s’amuse avec sa petite amie pendant son temps libre. C’est quelqu’un qui s’occupe sans négliger aucune de ses activités. Comme toute personne qui vit dans un pays qui n’est pas le sien et loin des siens, ils gardent le contact. Dans ce monde très moderne, elle évite le téléphone portable ou l’ordinateur, elle préfère le coup de fil à l’ancienne (la voix comme élément de rapprochement affectif face à la distance corporelle). Pour cela, il recourt à l’intimité d’une cabane, un lieu qui résume l’amour-douleur qu’il affronte avec sa famille.

Tout bascule dans sa vie lorsqu’il est informé que son fils aîné est impossible à élever à cause de ses mauvais pas et qu’on lui demande de s’occuper de lui. Bárbara n’a d’autre choix que d’assumer cet engagement en le recevant en Espagne. C’est alors que le film gagne en notoriété dans le traitement de ce problème par le réalisateur. Au thème migratoire s’ajoute la complexité d’une relation mère-fils dont le seul lien est le sang.

Barbara et son fils sont deux inconnus. Ils sont totalement inconnus. Les deux réalités ont été modifiées sans savoir par où commencer. Elle le voit comme s’il était encore un enfant même s’il est déjà adolescent. Lui, pour sa part, ne la conçoit pas comme une figure maternelle pour laquelle il se sent obligé d’aimer. Entre les deux, la stabilité émotionnelle qu’avait Bárbara est croisée : sa cour avec Maribel, l’amitié avec ses compagnons et son travail. Pareto Onghena nous montre que la maternité ne s’exerce pas sans jugement de valeur, ce qui est méritoire à l’heure où chacun veut donner son avis et dire comment être mère.

Affrontements, doutes, peurs, frustrations. Barbara va passer par un chemin compliqué pour se réinventer. A ses côtés se trouve la bachata, cette musique qui l’accompagne et qui fonctionne comme un personnage alternatif pour avertir le spectateur que l’amour de ses paroles peut transcender le niveau de (con)formation familiale dans de nouvelles conceptions, non attachées au traditionalisme conservateur qu’extrême les groupes de droite défendent coûte que coûte. C’est précisément dans ce discours qu’il prend le plus de mérite Sainte Barbara. Des plus enracinés aux plus controversés d’aujourd’hui, Pareto Onghena effleure les tabous de bout en bout, avec comme point d’orgue celui des logements neufs.

Personne ne choisit sa famille à la naissance, mais ils ont la possibilité de le faire en grandissant. Briser l’ordre établi ne va pas forcément à son encontre. C’est en tout cas une transition que les racines socioculturelles refusent d’accepter. C’est quelque chose qu’il faut voir naturellement, comme l’ont établi le réalisateur et scénariste au début du film.

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