menstrue app mobile

Le côté obscur du suivi des règles sur une App mobile

Les applications mobiles (App) pour suivre les menstruations, et donc la fertilité, sont dorénavant légion : Clue, Glow, Period Diary, Bellabeat, OvuSense, Daysy, Tempdrop, Ava. La plupart de ces App demandent à leurs utilisatrices de renseigner des data telles que début/fin des règles, intensité, humeur, activités sexuelles, douleur ressentie, température corporelle, rythme cardiaque… Certaines App, orientées fertilité, demandent même de renseigner les positions sexuelles préférées/pratiquées. Plus vous communiquez de données, plus la prédiction sera correcte (Glow) pour finalement comprendre votre corps (Ava).

Permettre aux femmes de maitriser leurs menstrues et leurs périodes de fertilité est une louable intension. Contrepartie de ce service, les utilisatrices doivent communiquer des données personnelles. Comme cela relève d’un choix personnel il n’y a rien à dire. Pourtant, en allant plus loin, des questions éthiques se posent. Car le grand méchant loup n’est pas loin. Ou pour le dire autrement, les datas peuvent être détournées de leur destination originelle.


Des App pour les femmes. Vraiment ?

Le marché dit ‘Femtech’ est en plein développement. Femtech ? Technologies pour les femmes telles que bracelets de fertilité connectés, applications contraceptives, pompes à lait maternel, etc. Il devrait atteindre 50 Milliards de dollars en 2025. Mais seuls 10% de cette somme reviendra à des entreprises créées par des femmes. Chez Apple les femmes ne représentent que 29% des postes de direction et 23% des emplois dits ‘technologiques’.

En 2016, des chercheurs du Columbia University Medical Center ont décortiqué 108 App pour conclure que 98% étaient imprécises.

L’App iAmAMan permettait (elle a été supprimée) aux hommes de suivre les cycles de plusieurs femmes en même temps (allez comprendre pourquoi !).




Trafic de data

Refrain bien connu – merci les réseaux sociaux – les data collectées par une App sont souvent mises à disposition d’applications tierces. Ainsi l’App Flo ‘partageait’ jusqu’à récemment les données collectées avec Facebook. Et ce n’est pas la seule (EVE, Clue Period Tracker, My Period Tracker, Maya, My Period).

Visiter ce site permet en cliquant de découvrir toutes les data recueillies (un seul mot : whaouuh)

Une équipe de chercheurs de Mozilla a creusé l’utilisation de ces data par les entreprises tierces qui, de facto, sont pour Facebook (et consorts) des annonceurs. Sans que cela ne nous surprenne vraiment, les utilisatrices de ces App sont bombardées sur Facebook de publicités genrées (régime, fitness, fertilité, grossesse…). Une femme qui reçoit des messages pour les femmes, normal. Des femmes en pleine période d’ovulation qui reçoivent de la publicité pour la fertilité, la grossesse, c’est plus choquant. Et que dire des femmes ayant fait une fausse couche assaillies de publicités pour des vêtements pour bébé…


Data = Catégorie

Les ingénieurs de Mozilla ont créé une extension – Fuzzify.me – pour les navigateurs Firefox et Chrome permettant de comprendre les chemins pris par la publicité pour arriver jusqu’à votre page Facebook. Cet outil met à jour l’asymétrie entre vous – vous avez communiqué vos données en échange d’un service – et les grands méchants loups : nous avons récupéré vos data, nous vous avons analysés et rangés dans une catégorie correspondant à tel et tel type de publicités/annonceurs. Mais cette catégorisation repose sur des stéréotypes dans lesquels certaines minorités ne se retrouvent pas. Vous êtes noire, lesbienne….qu’importe, vous recevrez des publicités de couples hétéros blancs dans l’attente d’un heureux événement….

Appartenant à une catégorie, vous allez devoir répondre à des impératifs, des normes sociales : une jeune femme doit faire des enfants. Vous et pas votre conjoint, vous indépendamment de vos choix. Et difficile de résister à la pression quand le bracelet Ava s’affiche au poignet d’influenceuses Instagram toutes plus belles enceintes les unes que les autres…

Alors dilemme : utiliser ou non une telle App ? Utilité vs. vie privée. Rassurez-vous, il en va de même pour toutes les App ou services-gratuits-en-échange-de-vos-data (LinkedIn, Tinder, Google Map….).
La vraie question, enfin selon nous…, avez-vous vraiment besoin d’un compte Facebook ?

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