inégalités genre

Les investisseurs privilégient-ils vraiment les mâles blancs ?

Lecture 3 min. Une étude révèle que les femmes et les asiatiques obtiennent plus de réponses favorables lors de l’envoi d’un pitch à des investisseurs. Mais alors où est le biais ?

inégalités genre

Une étude du Boston Consulting Group de 2018 matérialisait une inégalité de traitement par les investisseurs entre les hommes et les femmes :

– les femmes lèvent moins de fonds que les hommes : 935.000$ en moyenne vs. 2.120.000$ pour les hommes,
– en 2016 et 2017, les sociétés créées par des femmes n’ont reçu que 4,4% du Venture Capital (VC),
– pourtant elles génèrent 10% de revenu en plus au bout de 5 ans (730.000$ vs. 662.000),
– pour chaque dollar investi, une femme (comprendre une entreprise créée par une femme) génère 78cts quand un homme ne génère que 31cts.

Mais à quel niveau se situe réellement cette barrière sexiste ? Une étude nous permet d’avancer un peu dans la compréhension de ce biais du genre et des origines.

Révélation d’une discrimination contre-intuitive

Au début était le verbe. Comprendre des mots qui permettent d’écrire un pitch. Ces mots non ni couleur ni genre. Vous pouvez être une femme noire, un transgenre blanc ou un mâle asiatique, vous utiliserez les mêmes mots pour contacter un investisseur en lui envoyant un mail de sollicitation/présentation de votre projet de startup.

C’est en se fondant sur cette vérité que Ilya A. Strebulaev – professeur à la Stanford Graduate School of Business – et l’un de ces anciens étudiants Will Gornall ont mené une expérience intéressante.

Ils ont tout d’abord créé un mail-pitch de présentation d’une startup :

Ils ont ensuite créé 200 faux profils de diplômés de Grandes Ecoles US en les singularisant par des prénoms/noms indiquant le genre et l’origine ethnique (ex : Adam Jensen, Adam Liu, Jennifer Jensen, Jennifer Liu…).

Puis ils ont envoyé 80 000 mails à 28 000 investisseurs entre octobre et novembre 2018.

Ils ont reçu 3 000 réponses positives c’est à dire proposant un rendez-vous ou demandant plus de précisions.

Et étonnamment (hélas) ils ont constaté que ces réponses favorables concernaient les femmes 8% de plus que les hommes et les asiatiques 6% de plus que les blancs.

Quelles explications pour ce biais… positif ?

Les deux chercheurs n’ont pas demandé aux investisseurs ayant répondu favorablement pourquoi ils l’avaient fait et si le genre ou l’origine avait été pris en compte. Ils formulent deux hypothèses pour expliquer ce résultat.

La première est que l’accès aux Grandes Ecoles étant plus difficile pour les femmes et les non-blancs, ces deux populations avaient une aversion plus grande à prendre un risque pour créer une startup (versus se ‘contenter’ de devenir un.e salarié.e classique). Et pour un investisseur la non-aversion au risque est un atout.

La seconde est que les investisseurs pourraient eux-mêmes avoir une préférence pour les femmes et les asiatiques car ils appartiennent à l’un de ces groupes ou qu’ils veulent intentionnellement favoriser des genres sous-représentés.

Le besoin de recherches supplémentaires

Ilya A. Strebulaev considère que ce résultat ne concerne qu’une toute petite partie du process menant un investisseur à effectivement signer un chèque pour une startup. Pas de discrimination (ou alors positive) au stade du pitch. Or si l’on fait un aller/retour rapide vers l’étude du Boston Consulting Group de l’introduction, force est de constater qu’un biais existe et qu’il est lui pénalisant pour les femmes (l’origine ethnique n’étant pas prise en compte par le BCG).

D’autres recherches doivent donc être menées pour comprendre la construction de ce biais. A cet égard une étude réalisée en 2014 est significative. Il était demandé de juger une même vidéo de présentation d’un projet de startup tantôt commentée par une voix d’homme, tantôt par une voix de femme. 66% des participants ont choisi le projet raconté par une voix de mâle et ce alors que le texte était le même.

Ferions-nous, instinctivement, plus confiance à une voix d’homme ? Si cela est vrai autant le savoir pour lutter contre un biais ayant un effet contre-productif pour un investisseur dont l’objectif est de maximiser son profit et non de céder aux préjugés que la nature humaine lui impose.

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