Et si avoir un compte Facebook faisait de vous le complice (involontaire) des néo-nazis ?

La question peut sembler brutale, culpabilisante. Pourtant si l’on additionne ce que l’on sait déjà, ce que l’on apprend chaque jour et ce que l’on découvrira demain… la question mérite d’être formulée. Au moins pour que chacun y apporte une réponse en conscience.

Faire avec

Vous avez un compte Facebook tout en sachant que

Facebook collecte vos data. Avec et sans votre consentement. A partir de votre compte et hors du périmètre Facebook de votre vie privée.

Facebook revend ces data. Avec et sans votre consentement. A des organisations dont les buts sont commerciaux mais aussi politiques. Et si la politique peut être noble, il est évident que des États ou des organismes profitent de Facebook pour propager infox, théories du complot et autres joyeusetés digitales avec lesquels vous avez appris à vivre.

Facebook est un média auto-régulé. La tuerie de Christchurch en live pendant 17mn, des messages de haine mais pas de nus (cachez ce sein…). Au nom de la liberté des internautes et de l’Internet, c’est Facebook qui décide ce qui est bien ou mal. Mais l’éthique de Facebook est-elle la vôtre ?

Facebook discrimine par genre, couleur de peau, opinion politique. Vous range dans des catégories, des p’tites boîtes, pour mieux vendre ses espaces publicitaires à des annonceurs ravis de l’aubaine (plus d’alternative quali/quanti à gérer).

Facebook refuse de fermer le compte du groupuscule grec Combat 18 dont la photo de profil affiche un joli combo : salut nazi, swastika, déclaration contre la vermine et les dégénérés, Adolf H. et symboles fascistes. Sollicité par le The Independent, Facebook invite les journalistes à ne pas consulter des pages si celles-ci peuvent les choquer. Les « standards de la communauté » Facebook étant respectés…tout va bien.

J’ai décidé seul du Mal ; seul j’ai inventé le Bien. C’est moi qui ai triché, moi qui ai fait des miracles, c’est moi qui m’accuse aujourd’hui, moi seul qui peux m’absoudre ; moi, l’homme.

Goetz – Le Diable et le Bon Dieu – J.P Sartre (remplacer ‘moi’ par Facebook pour voir si cela fonctionne)

Ou décider que cela suffit

Facebook a vendu en 2018 pour 55 milliards de publicité avec un taux de marge de 40%. Soit un CA équivalent au PIB 2017 de la Croatie et une marge à peu près égale au PIB du Cambodge (respectivement 4 et 16 millions d’habitants).

Des reporters du Los Angeles Times ont étudié l’outil d’aide à la mise en place de publicité sur Facebook. Ils se sont demandés si Joseph Mengele était un nom ‘vendeur’ (petit rappel : Joseph Mengele était un médecin des camps de concentration ayant réalisé des expériences sur des cobayes humains).

Non seulement l’outil de Facebook n’a pas refusé le nom de Mengele, mais il a indiqué qu’un publicité comportant ce nom pouvait potentiellement atteindre 220.000 utilisateurs – hommes et femmes agé.e.s de 18 à 65 ans). Le Times a acheté la publicité 25$. Elle a été vue par 4.153 utilisateurs en 24h. Ce qui finalement n’est pas cher. Des tests réalisés avec les nom de Goebbels et Himmler ont obtenu les mêmes ‘résultats’. Et si le Times a validé ce fonctionnement pour une enquête tout laisse malheureusement supposer que les groupes néo-nazis savent parfaitement exploiter les possibilités que leur offre Facebook pour répandre leurs propos et idéologie extrémistes.

Lors de votre prochaine connexion à Facebook, si vous voyez une publicité s’afficher, dites-vous qu’elle est le miroir de ce que Facebook sait de vous. Dommage pour Facebook qu’un utilisateur averti n’en vaille pas deux….

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