Le blocus économique prodrome d’une guerre militaire ?

Lecture 3 min. L’histoire nous apprend que les guerres commerciales sont bien souvent le préambule à des guerres militaires. Mais le président Trump en est-il conscient ?

L'histoire nous apprend que les guerres commerciales sont bien souvent le préambule à des guerres militaires. Mais le président Trump en est-il conscient ?

Il est des mots tombés dans l’oubli mais qui par la finesse de leur signification permettent de préciser une idée, une réflexion.

Ainsi de prodrome : Fait qui présage un événement, qui constitue le début d’un événement. Exemple d’utilisation : “Au début du siècle apparaissaient les prodromes de la guerre.” De Gaulle, Mémoire de guerre, 1954.

Exemples de prodromes

La Guerre de 7 ans est considérée par les historiens comme la première guerre mondiale.

Pour des raisons objectives, complexes, intriquées, l’Angleterre, la France, la Prusse, l’Autriche, Russie… devaient s’engager dans un conflit. Revendications territoriales, concurrence économique, alliances dynastiques, opposition d’égos : Louis XV, Marie Thérèse, Frédéric II, Georges III…et nul système diplomatique servant de lieu de rencontre, discussion et résolution des antagonismes.

Au total 638.000 soldats morts ou blessés, 700.000 civils tués. Pour les uns et les autres des gains ou pertes territoriales, coloniales, économiques.

Or à l’origine et parmi les causes reconnues du déclenchement du conflit, le blocus économique imposé par l’Angleterre à la France.

Quelques décennies plus tard, alors que le traité d’Amiens de 1802 a apporté une paix toute relative entre l’Angleterre et la France napoléonienne, de nouveau l’arme du blocus économique va allumer la mèche d’une guerre militaire.

Les anglais tirent les premiers avec le blocus imposé à la France en 1806. Talleyrand convainc Napoléon “d’opposer à l’ennemi les armes dont il se sert.” L’Empereur décide d’imposer ce que l’histoire appellera la politique du Blocus Continental.

D’un point de vue économique, le blocus continental a été efficace. Les exportations anglaises fléchissent, le commerce français (et belge) connait une embellie même si les ports français de La Rochelle, Nantes, Bordeaux et Marseille souffrent.

Conséquence de ce blocus : la France envahit le Portugal et l’Espagne pour interdire l’accès des produits anglais en Europe continentale via la péninsule ibérique, l’Autriche tente de retrouver son emprise sur l’Allemagne ; tandis que la Grande Armée s’enlise en Espagne, les polonais se mêlent de la partie, l’Angleterre grignote les colonies françaises.

Changement de situation géographique avec le blocus économique décidé par les USA contre le Japon dans le courant des années 1930 à la suite de l’invasion de la Chine par son ‘petit’ voisin où le soleil est censé se lever.

Alors que le Japon resserre ses liens avec l’Allemagne nazie, Roosevelt appelle les démocraties occidentales à mettre le Japon en quarantaine. Cela commencera par un embargo moral sur les ventes d’avions US au Japon (1938) puis l’abrogation du traité de commerce bilatéral liant ces deux pays (1939) et enfin l’interdiction d’exporter de l’essence et de l’acier vers le Japon (1940).

Acculés, aveuglés et de toutes façons engagés dans une politique expansionniste relevant de la fuite en avant, l’Empire du Soleil Levant ne pouvait que déclarer la guerre aux États-Unis ce qu’il fit après (officiellement quelques heures après) l’attaque de Pearl Harbor.

Trois exemples de guerres économiques ayant conduit à trois guerres militaires. L’embargo économique est certes une arme qui peut s’avérer efficace. C’est grâce à elle que l’Afrique du Sud a mis fin à sa politique d’apartheid. Mais que pouvait un petit pays d’Afrique face à la volonté commune de puissances économiques réunies dans une même lutte éthique (et donc justifiée).

Alors est-il raisonnable, rationnel, efficient (à défaut d’être efficace) d’utiliser cette arme face à une puissance militaire accédant à l’autonomie, l’autosuffisance et qui, rappelons juste un point essentiel, possède l’arme nucléaire ?

Hélas, il est fort à parier que le président Trump n’a pas une grande culture de l’histoire des guerres.

En cette matière la stratégie du coup-de-poker n’est pas encore inscrite dans les manuels sur l’Art de la Guerre.

Laissons à Clausewitz la conclusion : “La guerre est une violence en action, et son usage n’est limité par rien ; chacun des adversaires impose à l’autre sa loi, d’où découle une interaction qui ne peut manquer de mener aux extrêmes.”

0

Nous rejoindre