Le titre Construção composé et chanté par Chico Buarque est tiré d’un album éponyme, sorti en 1971. La dictature militaire dirige alors d’une main de fer le pays, contraignant les opposants au mutisme et de nombreux artistes à l’exil. Chico Buarque vient alors juste de rentrer au pays après après avoir trouvé refuge en France (un des morceaux de l’album, samba de Orly y fait d’ailleurs référence). Pour pouvoir créer, ce grand parolier doit sans cesse déjouer la censure, usant de paroles allusives ou de métaphores bien senties.
Ici, il raconte la mort d’un ouvrier sur un chantier. On peut y voir une évocation des canudos venus construire la ville du futur. Beaucoup y ont vu aussi une allégorie de l’histoire du Brésil des années de dictature. Alors que la junte militaire n’a que les mots de modernisation et technocratie à la bouche, le chanteur s’intéresse aux forces vives du pays. Tout en donnant l’air de ne pas y toucher – censure oblige – il préfère s’intéresser à l’envers du décor: en l’occurrence les travailleurs pauvres, exclus du miracle économique brésilien.

Il aima cette fois comme si c’était la dernière (fois)
Embrassa sa femme comme si c’était la dernière
Et chacun de ses fils comme s’il était unique
Traversa la rue de son pas timide
Monta sur la construction comme une machine
Érigea sur le pallier quatre murs solides
Brique contre brique selon un dessin magique
Ses yeux aveuglés par le ciment et les larmes
S’assit pour se reposer comme si c’était samedi
Mangea ses haricots au riz comme s’il était un prince
But et sanglota comme s’il était naufragé
Dansa et ricana comme s’il entendait de la musique
Et trébucha dans le ciel comme s’il était ivre
Et flotta en l’air comme s’il fût un oiseau
Et termina au sol comme un paquet flasque
Agonisa au milieu de la voie publique
Mourut dans le sens interdit en gênant le trafic

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