C’est en tous cas une question que se posent les analystes de la Deutsche Bank (DB) dans une étude réalisée en partenariat avec The Economist (à lire ici EN).

Menée auprès de 300 Senior Corporate Treasury Executive, l’enquête de la DB considère trois sujets sensibles : les attentes des trésoriers face aux développements technologiques, comment les disruptions en cours peuvent bénéficier à leur entreprise et enfin quel sera le moteur de l’intégration de ces technologies dans leurs modes opératoires.

Les innovations technologiques créent un dilemme pour les trésoriers : Comment continuer à assurer les fonctions ‘classiques’ d’une trésorerie (Cash, Liquidity & Risk Management, gestion comptes clients/fournisseurs…) – soit des fonctions transactionnelles/production de reporting – tout en évoluant vers un rôle plus stratégique : analyse/décision à partir des reporting et élargissement des risques à anticiper/surveiller/maitriser.

L’étude révèle :

1/ Pratiquement la moitié des trésoriers interrogés ne pensent pas que les disruptions technologiques auront un impact sur le business model de leur entreprise.

Alors que la robotisation, l’économie de ‘Plateforme’ (Uber, Airbnb…), l’irruption des algorithmes…changent le quotidien des citoyens, des consommateurs et donc des entreprises, les trésoriers sont scindés en deux : les conservateurs et les progressistes.

Face à ce que la Deutsche Bank appelle les ABCs (intelligence Artificielle, Blockchain, Cloud) les uns souhaitent anticiper, d’autres attendre que les résultats (impacts) se concrétisent avant de s’adapter. Il est difficile de donner torts à ces derniers si l’on tient compte du ‘Cycle du Hype‘ de la technologie tel qu’identifié par la société de conseil et recherche Gartner (Lancement de la technologie, Pics des attentes exagérées , Gouffre des désillusions , Pente de l’illumination , Plateau de productivité).

Il ne faut pas non plus négliger l’une des principales craintes des trésoriers : la disruption de leur fonction. Plus leur métier se ‘technologise’ moins leur rôle est reconnu dans l’entreprise. Ainsi PwC notait en 2017 que plus des 2/3 des collaborateurs impliqués dans les process de trésorerie n’étaient pas sous la responsabilité directe des trésoriers.

De plus certains de ces process sont dorénavant assurés par des Shared Services Center ou des Global Business Services. Mais justement, les nouvelles technos ne seraient-elles pas pour les trésoriers une opportunité pour redéfinir leur rôle et lui donner une nouvelle visibilité ?

Cette expectative se retrouve dans les réponses à la question suivante : quelle sera la technologie la plus ‘utile ‘à une trésorerie :

 

Pourtant les trésoriers ne sont pas réfractaires aux nouvelles technologies et ils ont parfaitement conscience d’une révolution en cours. Et ils ont même des idées pour savoir laquelle des ces techno va le plus bénéficier à leur activité :

(AI : Intelligence Artificielle, ML : Machine Learning, RPA pour Robotic Process Automation : une application robot est entrainée à reproduire une fonction humaine)

Les analystes de la Deutsche Bank remarquent que les trésoriers tendent à privilégier les techno leur permettant d’améliorer leurs fonctions classiques – production de reporting et paiement/encaissement – et qu’ils n’ont peut-être pas compris combien les API pourraient les aider à faire évoluer leur domaine de compétences et de responsabilités (API : Application Programming Interface). Or ces API peuvent, dans la cadre de la Payment Service Directive (PSD2), leur permettre de se connecter avec leurs banques et obtenir en temps réel des informations pertinentes. De plus ces API peuvent aussi faire sortir les TMS ou ERP de leur relatif isolement…

Les Business Model évoluent, les trésoriers le constatent. Ainsi à la question : quelles sont les disruptions de votre business model qui vont le plus vous affecter, ils répondent :

 

2/ Trésoriers et Fintech

Quand les services proposés par les Fintech deviennent matures, les trésoriers n’ont aucun problème pour les adopter.

Adoption d’autant plus acceptée dans le cadre de services proposés par des Fintech partenaires de banques traditionnelles.

 

Ainsi, si les trésoriers doivent accompagner et anticiper plus que subir et suivre les révolutions technologiques, il semble plus prudents que réticents. Leur défi principal va au-delà de cette prise en compte des techno. Il s’agit surtout d’être une force de proposition auprès des CEO/CFO plutôt que simples exécutants des décisions prises en amont. Pour cela rien de mieux que de prouver la valeur stratégique d’une trésorerie (1.0 et demain 2.0). Il faut donc que les trésoriers communiquent pour se faire connaitre et surtout reconnaitre.

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