Alors que même le président aux cheveux oranges admet l’ingérence de la Russie dans les élections américaines de 2016 (“I don’t see any reason why it wouldn’t be Russia”), un autre pays semble s’engager dans le hacking électoral.

Le 11 juillet la société de sécurité FireEye a révélé que la Chine menait une campagne active d’ingérence digitale pour polluer les élections du 29 juillet au Cambodge. Et ce alors même que le Cambodian People’s Party (CPP) est certain de remporter ces élections, son principal concurrent, le Cambodia National Rescue Party (CNPR) ayant été dissous en novembre dernier et ne pouvant donc présenter de candidats.

Ce piratage aurait pour objectif, non pas d’assurer la victoire du CPP (proche des maîtres de Beijing) mais de connaitre les opinions des membres du CPP, eux-mêmes victimes du piratage. La Chine ayant investi des millions de dollars au Cambodge, il est machiavéliquement logique de s’assurer du retour sur investissement. Ainsi, pour pallier l’arrêt des aides financières européennes et américaines la Chine a donné 20M$ à la Commission Nationale des Élections Cambodgiennes. Commission victime du hacking tous comme les officiels du CPP et les principaux membres de l’ex-CNPR.

Sachant que très prochainement vont se tenir d’importantes et sensibles élections en Indonésie et en Thaïlande, la question se pose d’une volonté d’ingérence digitale mise au point et en œuvre par les autorités chinoises. Ingérence qui ne serait qu’une des composantes de la stratégie de domination politique menée par la Chine au travers du Plan dit ‘Route de la Soie Digitale‘ que définit ainsi Chen Zhaoxiong – Vice Ministre Chinois de l’Information Technologique : créer une communauté
de destinée dans le cyberespace.

En Chine domestique, le contrôle d’internet est déjà une réalité (après la Grande Muraille, le Great Firewall). Et ce Grand Frère, ami des gouvernements autoritaires de la région, souhaite propager par différents moyens les outils technologiques de surveillance des citoyens.

Abstract representation of China's digital infrastructure. Image: iStock/Getty Images

Ainsi le Vietnam – toujours dirigé par le Parti Communiste – va adopter une loi sur la cybersécurité réplique de la même loi instaurée en Chine en juin 2017 : Facebook, Google… auront l’obligation d’ouvrir des bureaux au Vietnam et de stocker leur data localement offrant ainsi aux autorités un accès aux conversations des utilisateurs.

Les sociétés ‘privées’ chinoises (de facto contrôlées soit directement, soit par le Ministère de l’Information) commencent à exporter les technologies digitales permettant de surveiller (i.e. anticiper) et contrôler (i.e.sanctionner) les citoyens.

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China Mobile, entreprise d’État n°1 mondiale des réseaux télécoms va équiper la Birmanie d’un réseau de fibre optique relié au réseau chinois,
Yitu Technology, entreprise chinoise de reconnaissance faciale, a été choisie en février par la Malaisie pour rendre effective la surveillance digitale,
Huawei a annoncé en juin un investissement supplémentaire de 81Mds$ en trois ans à destination des pays d’Asie du Sud-Est, idem pour WeChat qui vient, par exemple, d’entrer dans le capital de la société singapourienne SEA (qui gère notamment les Southeast Asian Games supervisés par le Comité Olympique),
WeChat Pay est désormais associé avec le Changi Airport de Singapour (notons que tous les conversation WeChat doivent être stockées sur des serveurs chinois, même les conversations des utilisateurs hors de Chine)…

Dans une chronique précédente nous évoquions la notion de colonisation digitale en œuvre notamment en Malaisie. Avec le Plan ‘Route de la Soie Digitale‘, le Parti Communiste Chinois ne cache plus ses ambitions. Ne soyons pas naïfs….

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